[Texte rédigé le 21 Septembre 2007]
Quand le soleil perce le matin à travers le petit store en toile qui recouvre la fenêtre, et qu'il vient délicatement me réchauffer les joues et me réveiller, je devrais être heureuse de démarrer une nouvelle journée ensoleillée, une journée qui commence par la douce chaleur d'un petit soleil de septembre.
Pourtant, le matin, quand le soleil perce, je suis déjà énervée. Je ne veux pas de cette douce chaleur sur mes joues, ni même de ce réveil en douceur. Je ne veux simplement pas me réveiller.
Les pensées qui m'envahissent dès que j'ouvre les yeux ressemblent à celles d'une personne qui se retrouve confrontée à une catastrophe bouleversante. Je peux même vous les transcrire "Et merde, encore une journée à vivre", et vous les décrire: la sensation de panique, de tristesse, de lassitude, de désarroi.
Est-ce que la question "pourquoi suis-je né(e)?" vous a déjà traversée l'esprit sans que vous n'ayiez jamais pu y répondre?
Personnellement, elle le traverse depuis des années déjà, sans que je ne puisse encore y répondre, si ce n'est peut-être un "pour rien".
Oui, je me sens inutile ici bas. J'ai la sensation de ne pas avoir été envoyée sur la bonne planète, ou qu'on m'a catapultée sur Terre pour être l'affreux cobaye de la depression éternelle. Chaque jour qui passe pèse un peu plus lourd sur mes épaules, et me laisse dans une souffrance encore un peu plus lourde à porter d'attendre en vain la fin de cette vie dont je n'ai pas trouvé le sens.
On dit que la vie a un sens, que chacun y donne celui qu'il veut, et que c'est ce qui lui fait comprendre pourquoi il vit.
Je ne vois aucun sens à la mienne. Ce n'est pas faute d'avoir cherché. Il fut un temps où je me raccrochais encore aux études. Désormais, elles comptent elles aussi parmi les choses qui ont disparu du champs de mes motivations à vivre.
En clair, que me reste-t-il pour me lever le matin? L'espoir, infime, mais toujours là, que ça pourrait aller mieux un jour. L'espoir, infime, mais toujours là, que cette journée ne sera pas comme les autres.
On m'a déjà conseillé de mieux rythmer ma vie. Sortir, aller voir des expos gratuites, visiter des musées, me ballader, lire, dessiner.
Oui, ce sont des activités que j'aime. Il y en a même que j'adore et dont je ne me passerais pour rien au monde.
Pourtant.. quand déjà vous n'avez plus envie de vivre, tout ce qui se rapporte à de la vie vous indiffère.
Par conséquent, conseiller de vivre et de positiver et relativiser à quelqu'un qui est dépressif, c'est comme conseiller d'imaginer la vie à quelqu'un d'aveugle qui désespère de savoir à quoi elle ressemble. Cela lui semblera absurde, dénué de sens.
Certaines personnes croient que je le fais exprès, que je me créé des problèmes. Je ne peux pas dire qu'elles aient totalement tort. Effectivement, mes problèmes sont psychologiques, ils ne sont pas concrets. Personne n'est venu me les fourrer dans le crâne pendant que je dormais, je me les suis créés, oui. Mais je ne saurais vous dire comment, je ne saurais vous dire pourquoi. Elles sont là, mes idées noires, elles ont grandi dans mon esprit sournoisement et m'appellent du fond des mes ténèbres.
Je ne suis pas responsable de mon mal-être. Il est là, je le vis. Tout ce dont je suis responsable, c'est de ne pas réussir à comprendre en quoi il est absurde, et pour quelle(s) raison(s) est-ce qu'il pourrait disparaître.
Ma vie se compose à 90% d'un ennui et d'une solitude indescriptibles. Je ne peux pas dire que je n'ai pas d'amis, j'en ai. Mais heureusement pour eux, ils ont une vie bien remplie, eux, et je ne suis pas ce qu'il y a de plus divertissant, malheureusement. Je sais les écouter et les conseiller, je sais leur dire où est le sens de leur vie. Oui, dire à des tas de personnes pourquoi ils vivent, cela ne me pose aucun problème. Seulement, l'ironie macabre dont je suis victime fait qu'en ce qui me concerne, j'en suis incapable.
Et les gens qui m'entourent désespèrent même de me voir si noire. Ils me comprennent parfois, mais ne peuvent pas m'aider. Et je ne leur en veux pas. Je sais ce que c'est, que de se sentir impuissant face à des problèmes abstraits. J'en fais l'expérience tous les jours. Et le plus grand malheur dans tout ça, c'est que je suis condamnée à vivre avec nuit et jour, bien que mes nuits m'en libèrent le temps d'un rêve pour mieux me les asséner au réveil.
Alors, je vais comme toutes les nuits aller m'allonger, dans mon grand lit vide. Le seul endroit où je me sens finalement bien. Un lit, quand on y est seul, ne fait pas partie d'une vie. Il est comme le refuge où on s'isole quand on n'a pas envie de vivre. J'y ferais bien ma vie d'ailleurs. Rien de ce qui est extérieur ne compte quand j'y suis. C'est comme le creux de mon esprit qui serait alors libéré de ce monde dans lequel je ne me reconnais pas et qui, du même coup, ferait disparaître cette sensation de non vie, de non adéquation.
Demain matin, je pense que je me réveillerai. Je pense aussi que je me lèverai, et que j'irai me battre pour ma survie. Toujours sans savoir pourquoi, toujours avec l'intime certitude de faire tout cela pour rien. Toujours en me demandant à quoi cela pourra bien servir, de manière presque machinale et résignée.
Demain, rien n'aura plus de sens qu'aujourd'hui, mais il faudra quand-même se lever et l'affronter, faute de pouvoir mettre fin à cette vie.